← Retour aux évènements

La couleur jaune a le goût de l’enfance • Marie Levavasseur • 21 avr.

Les Oyates
Sortie de résidence 21 avril à 19h

Je suis toujours étonnée des fils invisibles qui se tissent d’un spectacle à l’autre.
Quand j’ai créé Le Cri des carpes, création partagée avec des jeunes enfants comédiens, j’avais imaginé ce sable jaune qui s’écoulait lentement sur le plateau pour marquer le temps de l’enfance et délimiter une nouvelle aire de jeu.
Sur ma prochaine création Creuser la joie, il y a ce cercle jaune tracé avec du sable avec un compas géant… comme un nouvel espace des possibles.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir un clin d’œil avec le titre du texte qu’a choisi Hugo Fréjabise pour ce projet d’écriture à l’attention de la jeunesse, une invitation à venir compléter cette trilogie autour de la couleur jaune.
Tout comme les rayons du soleil, le jaune apporte lumière et mouvement.

C’est ce parcours initiatique que va faire Lou pour lever le voile sur l’histoire de son grand-père qui a quitté un jour le Maroc pour arriver en France.
Cette couleur traditionnellement associée au chakra du plexus solaire représente aussi l’identité individuelle, l’affirmation de soi et, par le fait même, la confiance en soi, thématique très forte de ce récit.

C’est en cultivant cette confiance qu’on arrive à révéler qui on est, comprendre d’où on vient, et construire son propre récit composé de souvenirs réels ou fantasmés, de brides de vie ou de parts manquantes…
Je ne suis pas directement porteuse de cette histoire. Mes parents sont nés en France et n’ont jamais dû fuir leur pays mais je suis sûre que comme beaucoup les traces de l’exil sont imprimées quelque part dans mes cellules.

J’ai par ailleurs failli naître en Algérie où mon père était en coopération et ma mère m’a très souvent raconté ce pays dont elle est tombée amoureuse. Je me suis ainsi fabriqué l’histoire de ma conception à travers les premiers albums de famille.
Je crois que nous sommes faits de ces multitude de récits, avec lesquelles nous tentons chacun de tisser les fils pour composer une toile qui nous ressemble.

C’est ce qui m’a profondément touchée dans l’écriture à la fois poétique et sensible d’Hugo Fréjabise. Ces thématiques de construction de soi, de liens entre générations, la nécessité de « trouver » sa propre histoire, je les porte déjà au plus profond de mes spectacles et de mes textes, que ce soit dans Je brûle (d’être toi), Comment moi je, ou plus récemment L’Affolement des biches

Je suis très heureuse de poursuivre cette recherche à travers les mots colorés d’Hugo Fréjabise qui crée des ponts entre réalité et souvenir, ouvrant une porte très riche vers l’imaginaire.

En lisant le texte, j’ai vu des éclats de jaune, mais j’ai aussi vu le bleu délavé des souvenirs, les reflets violines des lacs gelés, des maisons couleur mirage, des fantômes déguisés en grand-mère et des éléphants qui se faisaient la malle… Un monde subtil à déployer en images ou en objets qui ont suscité en moi autant de visions que de joie à l’idée de pouvoir leur donner vie sur scène !